C'est une très ancienne coutume à Nantes que de manger de la fouace
à la Saint-Martin. Viendrait-elle d'un rapprochement entre la fête
du fameux évêque de Tours le 11 novembre et le patronage de Saint-Martin
de Vertou, fondateur d'une abbaye voisine de la Haye-Fouassière,
le berceau de la fouace nantaise?
Ce gâteau très particulier qui affecte la forme d'une étoile à
six branches aux bords arrondis et qu'à l'époque des vendanges on
trouvait communément dans tous les centres du Poitou, de Touraine
et du Comté nantais.
Nous pourrions nous demander si la recette de Grandgousier est
celle de Tours ou du Pays nantais ; Ces deux produits n'avaient
pas du tout le même goût.
La fouace tourangelle n'a pas de sucre mais il y a la présence
d'épices, alors que la fouace nantaise est traditionnellement sucrée(au
miel autrefois, au sucre aujourd'hui) et ne comporte pas d'épices.
Cependant, les goûts ont pu évoluer depuis la Renaissance en passant
par le Grand Siècle.
A l'époque, la fouace exerçait une fascination toute particulière,
puisque c'est sous la Révolution que le village qui s'était appelée
jusque là Saint-Jean-de-la-Haye, puis Notre-Dame-de-la-Haye, fut
rebaptisé sous la Haye-Fouassière. Cette petite bourgade de 1200
communiants était le principal centre de fabrication de fouace de
la France tout entière. Entre 1900 et 1914, on comptait près de
100 fouaciers.
Les fouassiers allaient vendre leur marchandise à Nantes, Clisson,
Vallet, Ancenis, Aigrefeuille, Vieillevigne et même Savenay. Et
beaucoup finirent par s'installer définitivement à Nantes dans le
quartier de Chantenay.
Le costume de la marchande de fouaces était des plus typiques,
coiffée du "Beurgot", un châle sur les épaules, des manchettes
blanches aux bras, sans oublier le grand parapluie vert.
La fouace est une pâte levée, comme le pain, mais qui s'en distingue
par sa qualité d'article luxe. Le travail est dur : il faut pétrir
la pâte à la main en boule, puis en galette, puis la pincer à l'envers
pour faire les cornes à la main. On les reprend trois fois, ce qui
n'est pas un mince travail, et on glisse à l'intérieur une fève
pour désigner ultérieurement, qui des dégustateurs, devra payer
la tournée de fouaces et de vin nouveau.
"Prends ta fouace, coupes-là en deux, bien fourrée de beurre
et passée au four bien chaud elle est plus délectable ; arrosés
de muscadet tu m'en diras des nouvelles".
Pourtant, pour accompagner le vin nouveau, la saveur un peu sèche
d'une fouace bien fraîche demeure sans pareille.